L’effet des œstrogènes et de la progestérone sur le développement du cancer du sein

L’effet des œstrogènes et de la progestérone sur le développement du cancer du sein

- janvier 1, 2023
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Une étude récente a été conduite sur les effets des hormones œstrogènes et progestérone dans le cancer du sein hormono-sensible. Les résultats ont été publiés dans la revue Nature Communications et font état d’avancées significatives pour la compréhension des mécanismes impliqués sur ce type de tumeurs mammaires, et des futures possibilités de traitement du cancer du sein.

 

Rôle des hormones dans le cancer du sein : résumé de l’étude

Des chercheurs en oncologie, menés par l’équipe de la faculté des sciences de la vie de l’EPFL en Suisse, ont récemment analysé la relation entre les récepteurs d’œstrogènes et de progestérone dans le cancer du sein. Cette interaction est en effet capable d’interférer avec les traitements hormonaux actuellement prescrits aux patientes. Comprendre le mécanisme et le mode d’action de ces récepteurs hormonaux permettrait alors d’adapter l’hormonothérapie à chaque femme, et il serait peut-être judicieux de supprimer l’expression des récepteurs de progestérone du cancer du sein pour maximiser les chances de guérison selon les auteurs de l’essai.

Le professeure Cathrin Brisken, une des auteures de l’étude, rappelle que le cancer du sein touche une femme sur 7 et qu’il est dans plus de ⅔ des diagnostics dit hormono-dépendant (ou hormono-sensible = qui présente une sensibilité aux hormones).

 

Oestrogènes et cancer du sein

Dans minimum 1 % des cas, l’expression du récepteur d’œstrogènes est présente. Cette caractéristique du cancer du sein hormono-dépendant est généralement ciblée puis inhibée lorsque les médecins décident de proposer un traitement hormonal dans le cadre de la prise en charge thérapeutique. Cependant, les tumeurs du sein qui présentent des récepteurs d’œstrogènes positifs (RO+) ont bénéficié de peu d’études, car il existe un manque de modèles adéquat. Les études réalisées sur des souris génétiquement modifiées qui présentent un carcinome mammaire ne retrouvent pas de sensibilité aux hormones. De plus, les chances de réussite de xénogreffes de cancer du sein RO+ sont très peu probantes.

Des essais antérieurs ont déjà mis en lumière une interaction significative entre les récepteurs d’œstrogènes et les récepteurs de la progestérone (RP). L’interférence se situe au niveau des voies de signalisations, que ce soit au niveau du génome ou de la protéine. Ici encore, le déficit de modèle adapté et de lignées cellulaires a limité les chercheurs pour approfondir cette relation avec des taux d’hormones pertinents au niveau clinique.

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Rôle de la progestérone dans le cancer du sein

Puisque le gène du récepteur de progestérone est impacté par le récepteur d’œstrogènes, l’hormonothérapie du cancer du sein cible plutôt celui-ci. Par effet ricochet, l’expression du récepteur d’œstrogènes est ainsi bloquée. Il fallait donc étudier de manière plus approfondie le rôle spécifique de chaque récepteur hormonal indépendamment de l’autre si l’on souhaite améliorer la prise en charge thérapeutique.

Progestérone et cancer du sein

 

L’étude suisse menée récemment est le fruit d’une collaboration entre les équipes de l’EPLF, du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), du Réseau Lausannois du Sein et de l’International Cancer Prevention Institute (ICPI). Les chercheurs ont pu greffer des cellules tumorales humaines du cancer du sein RO+ sur les canaux lactifères des rongeurs immunodéprimés pour analyser le rôle des deux hormones sur le développement des tumeurs mammaires. Ils se sont rendu compte que non seulement l’œstrogène et la progestérone sont capables d’accroître l’évolution tumorale, mais aussi que les traitements associés peuvent favoriser l’apparition de métastases.

Par ailleurs, la réponse des cancers du sein aux deux hormones diffère selon les patientes, ce qui laisse penser qu’il est possible d’améliorer et d’adapter le traitement hormonal. Ils ont également découvert qu’une autre option thérapeutique était possible : la suppression de l’expression de RP.

Pendant longtemps, les scientifiques pensaient que la progestérone était en mesure d’aider les patientes touchées par un cancer du sein. Progestérone et cancer du sein n’avaient pas nécessairemment été assimilés comme un risque d’accroissement de la maladie. Aujourd’hui, ces résultats semblent révéler que ce n’est pas forcément le cas, voire même le contraire, puisque cette hormone pourrait en favoriser le développement et que RP jouerait un rôle de médiateur de la signalisation de RO, ce qui ferait de lui une cible thérapeutique intéressante.

 

Publié par Dr. Eric Sebban
Le Docteur Eric Sebban est chirurgien gynécologue et cancérologue, spécialisé en chirurgie gynécologique, mammaire et cancérologique. [mt-bootstrap-button btn_text="Prendre rendez-vous en ligne avec le Docteur Eric Sebban" btn_url="https://goo.gl/pbV14U" btn_size="btn btn-medium" align="text-left" color="#3498db" border_color="#555555" animation="bounce"]