Cancer du sein controlatéral : symptômes, diagnostic et traitements

Cancer du sein controlatéral : symptômes, diagnostic et traitements

- octobre 5, 2023
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Le cancer du sein controlatéral est une pathologie peu courante, mais qui ne doit pas être occultée. Il se développe dans le sein opposé à celui qui a été touché par un premier cancer du sein, mais il s’agit bien d’un cancer primitif et non d’une métastase du premier cancer. Certaines femmes sont plus à risque de voir apparaître un cancer du sein controlatéral. Pour ces patientes, un suivi personnalisé est indispensable pour repérer au plus tôt les premiers signes de nouvelle tumeur mammaire.

 

Qu’est-ce que le cancer du sein controlatéral ?

Le cancer du sein controlatéral se caractérise par l’apparition d’un nouveau cancer du sein qui se développe du côté opposé au sein qui a précédemment été touché et traité. La maladie est primaire et n’est pas liée à une récidive ou à une métastase du cancer du sein initial.

Le cancer du sein controlatéral peut se développer des années après le premier diagnostic. Chez certaines femmes, il se manifeste en même temps que le premier cancer du sein : on parle de cancer du sein bilatéral synchronique.

Cancer du sein bilatéral : quelle différence avec un cancer controlatéral ?

La différence entre cancer du sein controlatéral et cancer du sein bilatéral repose d’abord sur le moment où les tumeurs apparaissent. Un cancer bilatéral correspond à la découverte quasi simultanée d’une lésion dans chaque sein, souvent dans un délai inférieur à 6 mois. Au-delà de ce laps de temps, on considère qu’il s’agit d’un cancer controlatéral métachrone diagnostiqué plus tardivement, en dehors du premier épisode.

Les travaux publiés par l’INSERM montrent que les tumeurs bilatérales sont génétiquement indépendantes. Elles ne partagent ni les mêmes altérations moléculaires ni la même trajectoire clonale. Cette indépendance explique pourquoi une même patiente peut présenter deux tumeurs de sous-types différents, parfois avec des comportements opposés. Ce phénomène met aussi en lumière la façon dont l’une peut modifier la réponse immunitaire observée dans l’autre, sans transmission directe de cellules tumorales. Il arrive ainsi qu’un cancer luminal, habituellement peu sensible au traitement néoadjuvant, répond mieux en présence d’une tumeur controlatérale triple négatif. Le mécanisme précis est toujours en cours d’étude.

Le cancer du sein bilatéral représente entre 2 et 11 % des diagnostics. En cas de cancer du sein bilatéral, la survie dépend surtout des caractéristiques de chacune des tumeurs (stade, grade, statut hormonal, expression HER2). Deux lésions distinctes nécessitent d’évaluer séparément leur stade, leur biologie et leur potentiel d’évolution, ce qui explique les variations de pronostic décrites dans les études récentes. Le traitement du cancer du sein bilatéral suit la même logique : deux plans thérapeutiques peuvent être envisagés en parallèle, parfois avec des stratégies différentes lorsqu’un sein présente une tumeur luminale et l’autre une tumeur HER2+ ou triple négatif.

Les facteurs de risques du cancer du sein controlatéral

Le cancer du sein controlatéral est une pathologie peu fréquente. Néanmoins, le risque existe. Certains facteurs sont susceptibles d’augmenter le risque de survenue.

Puisqu’il s’agit d’un cancer du sein controlatéral, cela implique l’existence d’un premier cancer du sein. Les patientes ayant été touchées par un cancer du sein sont donc les principales concernées par cette maladie. Les paramètres du premier cancer vont directement guider l’évaluation du risque. Une tumeur de plus de 3 cm, un grade histologique élevé, ou une atteinte ganglionnaire au diagnostic initial constituent des marqueurs de vigilance. Plusieurs analyses montrent que ces facteurs augmentent la probabilité d’un second cancer dans la décennie suivant le premier.

Le jeune âge au moment du diagnostic du cancer du sein initial est un autre facteur déterminant. Avant 35 ans, la probabilité de survenue d’un cancer controlatéral augmente nettement, surtout lorsque la première tumeur était non hormono-dépendante.

Les études montrent que certaines patientes concentrent par ailleurs une part importante du risque. C’est notamment le cas des femmes porteuses d’une mutation BRCA1 ou BRCA2, dont la probabilité de développer un cancer controlatéral augmente progressivement année après année. Ce risque plus élevé conduit souvent à une surveillance rapprochée en alternant mammographie, échographie et IRM, voire à la discussion d’une mastectomie prophylactique lorsque l’exposition génétique est très importante.

Les tumeurs triples négatives ou HER2+ ont également été associées à une incidence controlatérale plus élevée dans les années suivant le premier traitement.

Le surpoids intervient également. Un IMC élevé est associé à une montée progressive du risque dans les 10 années qui suivent le traitement initial, avec un effet accentué après la ménopause.

D’autres facteurs de risque peuvent influencer son apparition, comme le type et le grade du premier cancer mammaire, le statut hormonal de cette tumeur primitive, les antécédents familiaux, les traitements reçus pour le premier cancer, le mode de vie (obésité, sédentarité, tabac, alcool…).

En pratique, les patientes les plus exposées ont ces caractéristiques :

  • Mutation génétique BRCA1/BRCA2
  • Jeune âge au diagnostic initial
  • Première tumeur agressive (HER2+, non hormonosensible, grade élevé)
  • Surpoids persistant
  • Antécédents familiaux significatifs

Ces éléments impliquent un suivi personnalisé pour réduire au maximum le délai de détection et de prise en charge d’un éventuel cancer du sein controlatéral.

À savoir
Chez les femmes jeunes présentant un premier cancer non hormono-dépendant, la probabilité d’apparition d’un cancer controlatéral est nettement plus élevée. C’est l’un des profils qui bénéficient le plus d’une surveillance étroite et d’échanges réguliers avec l’équipe médicale.

Symptômes du cancer du sein controlatéral : comment reconnaître les signes ?

cancer du sein controlatéral

Les symptômes évocateurs d’un cancer du sein controlatéral sont semblables aux signes du cancer du sein primaire, à savoir :

  • la palpation d’une masse suspecte dans la glande mammaire ou sous l’aisselle ;
  • une modification de la taille ou de la forme du sein ;
  • un écoulement du mamelon, parfois sanguinolent ;
  • un mamelon ou une peau rétractés ;
  • une inflammation ou une rougeur cutanée ;
  • un sein plus sensible ou douloureux.

 

Ces signes cliniques ne sont pas spécifiques à la maladie et peuvent très bien témoigner d’une autre affection mammaire bénigne comme un kyste ou un fibrome. Mais devant la persistance de ces symptômes, il est recommandé de consulter un médecin.

À savoir
Les signes observés sur le sein controlatéral peuvent avoir d’autres origines que le cancer. Mais leur persistance doit motiver une consultation médicale.

Lire également : Le brouillard cognitif après un cancer du sein

Cancer du sein controlatéral : quels sont les examens à réaliser pour confirmer la maladie ?

Plusieurs examens permettent de diagnostiquer un cancer du sein controlatéral et d’analyser la nature et l’étendue de la maladie.

 

Mammographie

Cette radiographie des seins permet de repérer une anomalie mammaire. Elle est recommandé tous les 2 ans chez les femmes âgées de 50 à 74 ans dans le cadre du dépistage organisé du cancer du sein.

 

Échographie mammaire

Cet examen utilise des ultrasons pour visualiser les structures internes du sein. L’échographie mammaire complète généralement la mammographie, notamment en cas de doute ou chez les femmes qui présentent des seins denses.

 

IRM mammaire

Basé sur l’utilisation de champ magnétique, cet examen permet d’obtenir des clichés détaillés des glandes mammaires pour préciser la localisation exacte de la tumeur, son volume ou son extension aux ganglions lymphatiques ou structures voisines.

 

Biopsie mammaire

Ce prélèvement d’échantillon de tissu mammaire est l’examen clé du diagnostic de cancer du sein controlatéral. L’analyse en laboratoire d’anatomopathologie révèle les caractéristiques de la tumeur, comme le type du cancer du sein et son grade , son statut hormonal ou le statut de Her2.

À savoir
La décision thérapeutique se base sur les caractéristiques histologiques de la tumeur controlatérale qui est parfois très différente de celle du premier sein. Chaque lésion est examinée de manière indépendante car les résultats de l’analyse anatomopathologique peuvent différer du premier cancer.

Le diagnostic précoce du cancer du sein controlatéral est crucial pour augmenter les chances de guérison. Le dépistage du cancer du sein est donc très important, surtout chez les femmes qui ont déjà été touchées par un premier cancer du sein. Mais ces patientes sont généralement suivies plus régulièrement.

 

Traitement cancer du sein controlatéral  : Quelles sont options thérapeutiques disponibles ?

La prise en charge thérapeutique du cancer du sein controlatéral dépend des caractéristiques de cette nouvelle tumeur, de l’état de santé général de la patiente et de ses préférences. Les options thérapeutiques principales reposent sur :

 

La chirurgie du cancer du sein controlatéral

mastectomie du cancer du sein controlatéral

 

Elle permet de retirer la tumeur et une marge de tissu sain autour (tumorectomie) ou le sein en totalité (mastectomie totale ou radicale). Une reconstruction mammaire immédiate ou différée peut être programmée, selon le souhait de la patiente. Un curage ganglionnaire ou une technique du ganglion sentinelle peuvent compléter le geste opératoire.

 

La mastectomie prophylactique

Certaines patientes peuvent opter pour l’ablation préventive du sein controlatéral  pour réduire le risque de développer un cancer du sein controlatéral. Cette option n’est pas recommandée pour toutes les femmes, car elle n’élimine pas totalement le risque et peut avoir un impact non négligeable sur la qualité de vie. Il s’agit généralement d’un traitement proposé aux personnes les plus à risque, comme les patientes porteuses d’une mutation BRCA1 ou BRCA2 à haut risque génétique ou familial.

 

La radiothérapie

Qui peut supprimer les cellules cancéreuses restantes après une intervention chirurgicale, ou réduire la taille de la tumeur avant l’opération.

 

La chimiothérapie

La chimiothérapie du cancer du sein peut être administrée avant la chirurgie (néoadjuvante) ou après la chirurgie (adjuvante). Elle est souvent associée à la radiothérapie.

 

L’hormonothérapie

En présence d’un cancer hormono-dépendant, l’hormonothérapie bloque l’action des œstrogènes et progestérone pour empêcher la croissance des cellules cancéreuses. Elle peut être administrée sous forme de comprimés (tamoxifène, anti-aromatase) ou d’injections (analogues de la LHRH).

 

L’immunothérapie

Le traitement par immunothérapie peut être envisagé chez certaines patientes atteintes d’une tumeur Her2+ sous forme d’anticorps monoclonaux (trastuzumab, pertuzumab) ou d’inhibiteurs de tyrosine kinase (lapatinib).

Questions fréquentes sur le cancer du sein controlatéral/bilatéral

Le cancer du sein bilatéral est-il plus fréquent chez les femmes porteuses d’une mutation BRCA ?

Les mutations BRCA augmentent le risque de cancer controlatéral et exposent également à la survenue d’un cancer bilatéral synchrone, même si les deux tumeurs restent indépendantes sur le plan génétique.

Comment distinguer un cancer du sein bilatéral d’un cancer controlatéral métachrone ?

Le délai est le critère principal : moins de 6 mois évoque une forme bilatérale synchrone, au-delà il peut s’agir d’un cancer controlatéral diagnostiqué secondairement.

Le pronostic est-il plus sévère en cas de cancer du sein bilatéral ?

Il dépend des caractéristiques propres à chaque tumeur. La survie est largement influencée par le stade, le grade et le statut hormonal ou HER2 des deux seins, plutôt que par leur simultanéité.

Peut-on avoir un cancer du sein controlatéral plusieurs années après le premier cancer ?

Oui. Un cancer controlatéral peut apparaître des années après le premier diagnostic. Ce n’est pas une récidive mais une nouvelle tumeur qui se développe dans l’autre sein.

Quels signes doivent inquiéter sur le sein opposé après un premier cancer ?

Les mêmes que pour le premier cancer : une masse, une modification du sein, un écoulement ou une rétraction du mamelon. Ces signes ne sont pas toujours spécifiques mais ils doivent être évalués.

Faut-il envisager une mastectomie prophylactique du sein sain ?

Elle peut être discutée en cas de risque génétique élevé, surtout en cas de mutation BRCA. En dehors de ces situations, elle n’est pas recommandée systématiquement.

Publié par Dr. Eric Sebban
Le Docteur Eric Sebban est chirurgien gynécologue et cancérologue, spécialisé en chirurgie gynécologique, mammaire et cancérologique. [mt-bootstrap-button btn_text="Prendre rendez-vous en ligne avec le Docteur Eric Sebban" btn_url="https://goo.gl/pbV14U" btn_size="btn btn-medium" align="text-left" color="#3498db" border_color="#555555" animation="bounce"]