L’arrêt de l’hormonothérapie après la première année augmentent le risque de rechute du cancer du sein chez les femmes jeunes

L’arrêt de l’hormonothérapie après la première année augmentent le risque de rechute du cancer du sein chez les femmes jeunes

- janvier 5, 2022
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Les femmes non ménopausées récidivent plus de leur cancer du sein lorsqu’elles ne suivent pas correctement leur traitement de Tamoxifène (lire aussi notre article sur les traitements d’hormonothérapie du cancer du sein). C’est ce que révèle un communiqué publié dans le Journal of Clinical Oncology par des chercheurs de l’INSERM, de Gustave Roussy et de l’université Paris-Saclay.

Plusieurs facteurs augmentent ce risque, notamment:

  • la présence d’effets secondaires liés à l’hormonothérapie (douleurs musculaires, douleurs articulaires, fatigue) ;
  • l’absence de chimiothérapie ;
  • la présence d’autres problèmes médicaux associés ;
  • des patientes vivant seules.

 

Hormonothérapie et cancer du sein

L’hormonothérapie est en principe prescrite pour une durée variant de 5 à 10 ans. Ce traitement intervient chez les personnes touchées par un cancer du sein localisé dit hormono-sensible (soit 80 % des tumeurs malignes du sein).

Le médicament est prescrit afin de réduire le risque de rechute de la maladie. Or, il peut provoquer chez certaines patientes des effets indésirables très pénibles. Certains symptômes s’apparentent notamment aux signes cliniques qui apparaissent lors de la ménopause. C’est pourquoi l’hormonothérapie n’est pas toujours bien suivie par certaines femmes, ce qui augmente le risque de récidive du cancer du sein.

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Quelles sont les conclusions de l’étude ?

Grâce à une analyse de la cohorte CANTO, les médecins chercheurs ont découvert que les récidives locales et à distance (présence de métastases) apparaissent de façon précoce, 3 ans après la fin des traitements du cancer du sein (chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie).

Par ailleurs, le risque de récidive est multiplié par 2,31 chez les femmes jeunes qui ont arrêté leur hormonothérapie pour traiter leur cancer du sein. Les scientifiques ont aussi déterminé des causes favorisant l’arrêt de leur traitement.

 

Sur quoi porte l’analyse de la cohorte CANTO ?

L’étude a concerné 1 177 patientes, toutes non ménopausées et traitées pour un cancer du sein localisé. Toutes ces femmes ont accepté de suivre un traitement d’hormonothérapie par Tamoxifène.

Il s’agit de la première analyse regroupant les réponses d’un questionnaire au sujet du traitement, et l’analyse biologique sanguine du dosage du médicament tout au long de la prise du traitement d’hormonothérapie. L’association des résultats permet de conclure à une corrélation marquée entre le fait de ne pas prendre le médicament et le risque accru de récidive.

Selon le Dr Pistilli, qui a présenté les premières conclusions de l’étude au congrès de l’ESMO (European Society For Medical Oncology) en septembre 2018, une femme sur 6 ne suivrait pas son traitement de Tamoxèfene à un an seulement de la prescription médicale. Cela représente 16 % des patientes, selon les résultats du dosage sanguin effectué.

Elle précise par ailleurs que la moitié de ces femmes n’en faisait pas état dans le questionnaire de suivi réalisé. Il y a donc une différence importante entre la réalité et les réponses données par ces femmes dans le questionnaire. L’enjeu de cette dissonance est de comprendre pourquoi ces femmes n’ont pas stipulé l’arrêt de leur médicament dans le questionnaire prévu à cet effet afin de les aider à mieux appréhender leur traitement par un suivi personnalisé. La question de la prise en charge thérapeutique de ces patientes afin d’améliorer la bonne observance de l’hormonothérapie est de mise, selon le Dr Vaz-Luis, oncologue à Gustave Roussy.

 

Une augmentation du risque de rechute du cancer du sein de 131 %

 

La pilule contraceptive et les risques de cancer du sein

L’augmentation du risque n’est pas négligeable puisque le taux est multiplié par 2,31, soit une augmentation de 131 % de risque de récidive de la maladie. Cette augmentation concerne aussi bien le risque de récidive locale que de récidive à distance (métastases).

Concrètement, les résultats montrent que 89,5 % des femmes n’ayant pas bien adhéré au traitement à 3 ans n’ont pas connu de rechute, contre 95 % des patientes qui ont bien suivi leur traitement. À partir de 5 ou 10 ans, le risque de récidive et le taux de mortalité augmentent encore de manière significative en cas d’arrêt précoce de l’hormonothérapie.

 

Les causes possibles d’une mauvaise observance de l’hormonothérapie

L’analyse a pu déterminer plusieurs causes pouvant être responsables d’un moins bon suivi d’une hormonothérapie.

Les principaux facteurs sont :

  • la présence d’effets secondaires liés au traitement par Tamoxifène (douleurs articulaires et musculaires, fatigue) ;
  • d’autres problèmes de santé ;
  • l’absence de chimiothérapie lors du traitement du cancer du sein ;
  • Le fait de vivre seule.

Les résultats sont cependant complexes à interpréter. Certains autres facteurs n’ont pu être reliés de façon directe, comme le stade de la maladie, l’IMC, les effets secondaires des autres traitements du cancer, la prise en charge thérapeutique globale et l’état psychique de la patiente (anxiété, dépression).

 

La cohorte CANTO : généralités

La cohorte prospective CANTO (CANcer Toxicités) est nationale. Elle concerne, avec leur accord, 12 000 patientes touchées par un cancer du sein localisé et prises en charge dans 26 centres en France.

L’objectif de CANTO est de réussir à identifier les personnes plus à risque de développer des toxicités liées aux traitements du cancer afin d’adapter les parcours de soins de ces populations. In fine, ces recherches servent à accroître la qualité de vie des patientes après-cancer.

CANTO est promue par Unicancer qui regroupe l’ensemble des CLCC. Elle est dirigée par le Pr Fabrice André, directeur de la recherche à Gustave Toussy, Professeur à l’Université Paris-Sarlay directeur de l’unité 981 : Biomarqueurs et nouvelles cibles thérapeutiques en oncologie. Par ailleurs, la Ligue Contre le Cancer est un de ses soutiens.

Ces résultats sur les facteurs de risque capables de motiver des femmes à stopper leur traitement d’hormonothérapie précocement sont très utiles, puisqu’ils permettent aux médecins chercheurs de développer d’autres prises en charge et outils pédagogiques. Les conclusions de l’analyse vont donc servir à augmenter la qualité de vie des patientes traitées pour un cancer du sein tout en limitant leur risque de rechute.

 

 

 

Publié par Dr. Eric Sebban
Le Docteur Eric Sebban est chirurgien gynécologue et cancérologue, spécialisé en chirurgie gynécologique, mammaire et cancérologique. [mt-bootstrap-button btn_text="Prendre rendez-vous en ligne avec le Docteur Eric Sebban" btn_url="https://goo.gl/pbV14U" btn_size="btn btn-medium" align="text-left" color="#3498db" border_color="#555555" animation="bounce"]