Cancers du sein : Les risques de rechute à 20ans

Cancers du sein : Les risques de rechute à 20ans

- août 21, 2018
Cancers du sein : Les risques de rechute à 20ans
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Une étude de grande ampleur (63 000 patientes, 15 ans de suivis) parue en Novembre 2017 dans le New England Journal of Medicine fait état d’un fort taux de récidive à long terme, allant de 10 à 41%, des cancers hormono-dépendants, au-delà des 5 années recommandées de traitement par Tamoxifène.

 

Les cancers du sein hormono-dépendants, de quoi s’agit-il ?

Les cancers du sein hormono-dépendants correspondent aux cancers dont la croissance est favorisée par les œstrogènes. Ils correspondent à 80% des cancers du sein.

La distinction entre homono-dépendant et hormono-indépendant se fait au moment du diagnostic du cancer, lors de l’analyse des biopsies : le cancer est dit homono-dépendant si le noyau des cellules tumorales présente des récepteurs aux œstrogènes.

Si tel est le cas, une hormonothérapie pourra être proposée.

 

Le Tamoxifène : l’avènement de l’hormonothérapie :

En se fixant aux récepteurs à œstrogènes de la tumeur, le Tamoxifène empêche la fixation de ces hormones et ainsi limite la croissance de la tumeur.

Ce traitement a montré à travers de nombreuses études, une réduction significative, estimée à près de 50% à 5 ans et 30% à 15 ans, du risque de récidive locale, de métastase à distance, de survenue de cancer du sein controlatéral ainsi que de la mortalité globale.

Ce traitement dit adjuvant, c’est-à-dire complémentaire aux traitements de première ligne que sont chirurgie, chimiothérapie et/ou radiothérapie, est habituellement prescrit pour une durée maximale de 5 ans. Le Tamoxifène est un traitement certes efficace mais souvent difficile à supporter pour les patientes (bouffées de chaleur, ménopause précoce, douleurs articulaires…). Les effets secondaires du médicament peuvent être graves, dont l’embolie pulmonaire, le cancer de l’endomètre, la thrombose veineuse profonde, et les cataractes. L’évaluation du rapport bénéfices/risques présentait jusqu’alors, un risque élevé d’effets indésirables comparativement à un risque relativement faible de rechute, au-delà de 5 ans de traitement sans récurrence. Cependant, cette étude à long terme vient possiblement discuter ce dogme.

  

Objectif de l’étude :

L’objectif de cette étude était d’évaluer le taux de récidive et la mortalité à long terme des cancers du seins hormono-dépendants traité par Tamoxifène, ainsi que de rechercher des facteurs de risque de récidive à distance, soit au-delà des 5 ans d’hormonothérapie.

Le but étant de pouvoir potentiellement cibler les patientes chez qui le bénéfice de la poursuite du Tamoxifène au-delà de 5 ans serait plus grand que les risques inhérents au traitement lui-même.

 

Population étudiée :

Cette étude reprend les résultats de 88 études cliniques à l’échelle internationale. Toutes les patientes incluses avaient moins de 75 ans au diagnostic et présentaient un cancer hormono-dépendant de bas grade soit une absence de métastase et un grade T1 ou T2 de la classification TNM au moment du diagnostic (TNM : Tumeur= taille de la masse tumorale – Nodules=Ganglions lymphatiques envahis – M=Métastases). Toutes les patientes avaient reçu une hormonothérapie (Tamoxifène) pour une durée totale de 5 ans à compter du diagnostic et n’avaient pas présenté de récurrence sur cette période.

 

Résultats :

Cette étude montre que le risque de mortalité et de récidive locale, controlatérale et à distance du cancer augmentait de façon progressive et constante avec le temps et était surtout intimement lié au degré de sévérité du cancer au diagnostic. Les patientes ayant un grade T2 et/ou un nombre important de ganglions envahis au moment du diagnostic ayant un risque significativement plus élevé.

Le risque global de récidive à long terme allait de 13 à 41% (13 à 34% pour les tumeurs de grade T1, 19 à 41% pour les tumeurs de grade T2).

 

 

Risque de récidive & mortalité du cancer du sein
Figure 1. Risque de récidive (A) et de mortalité (B) en fonction du temps, selon le nombre de ganglions envahis au diagnostic : 0 (jaune), 1-3 (bleu), 4-9 (rouge)

 

Ces résultats élevés de récidive, persistants à long terme (plus de 10% à 20 ans), même chez des patientes présentant initialement des tumeurs de faible sévérité, viennent donc sérieusement reposer la question de l’intérêt de poursuivre l’hormonothérapie au-delà des 5 ans actuellement prescrit.

D’autres études à long terme, d’évaluation spécifique des effets indésirables du Tamoxifène cette fois, seront nécessaires pour venir corroborer ces résultats afin d’améliorer les schémas thérapeutiques actuellement prescrits.

 

BIBLIOGRAPHIE :

  1. Article du NEJM:

20-Year Risks of Breast-Cancer Recurrence after Stopping Endocrine Therapy at 5 Years, Hongchao Pan et al., N Engl J Med Nov 2017; 377:1836-1846

https://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMoa1701830

  1. Bénéfices du Tamoxifène:
  • Effects of chemotherapy and hormonal therapy for early breast cancer on recurrence and 15-year survival: an overview of randomised trials. The Early Breast Cancer Trialists’ Collaborative Group. Lancet 2005;365: 1687-717.

https://www-sciencedirect-com.gate2.inist.fr/science/article/pii/S0140673605665440?via%3Dihub

  • Relevance of breast cancer hormone receptors and other factors to the efficacy of adjuvant tamoxifen: patient-level meta-analysis of randomised trials. The Early Breast Cancer Trialists’ Collaborative Group. Lancet 2011; 378: 771-84

https://www-sciencedirect-com.gate2.inist.fr/science/article/pii/S0140673611609938?via%3Dihub

  • Aromatase inhibitors versus tamoxifen in early breast cancer: patient-level meta-analysis of the randomised trials. The Early Breast Cancer Trialists’ Collaborative Group. Lancet 2015; 386 :1341-52.

https://www-sciencedirect-com.gate2.inist.fr/science/article/pii/S0140673615610741?via%3Dihub

 

Publié par Docteur Eric Sebban